jeudi 30 avril 2009

156. Burning Spear: "Marcus Garvey".

Marcus Garvey (deuxième à gauche) empanaché lors d'une manifestation.

De retour au pays, après leur valeureuse participation à la grande guerre en Europe, les Afro-Américains ne rencontrent qu'une attitude hostile de la part de nombreux blancs ignorants ou déboussolés par les transformations économique et sociales qui touchent alors les grandes métropoles. On assiste alors à une terrible vague de violences racistes et d’émeutes anti-Noirs tout au long de l’été 1919, l « été rouge » (26 émeutes).

Quartier de Chicago après les émeutes raciales de 1919.

Jusque là, les émeutes raciales et lynchages restaient une triste spécificité du sud du pays, or désormais, le nord du pays n'est plus épargné (38 morts à Chicago par exemple). Depuis plusieurs décennies, les grandes métropoles du nord accueillent d'importantes migrations d'Afro-Américains qui fuient la misère des Etats du sud. De vastes ghettos se constituent alors dans les grandes villes industrielles du nord (le South Side Chicago par exemple). Une ségrégation socio-spatiale, finalement assez similaire à celle du sud, s'impose aussi dans le nord. Les relations interraciales, même limitées, restent donc difficiles.



De nombreux mécontents se tournent alors vers le Klan. L'organisation suprématiste blanche qui avait presque disparu à la fin du XIXème siècle renaît alors de ses cendres et semblent même être à son apogée au cours des années 1920. En 1925, par exemple, 40 000 klanistes défilent devant la Maison Blanche, tête découverte. L'organisation n'est pas centré uniquement sur le racisme anti-noir, mais dénonce aussi l'influence "néfaste" de l'Eglise catholique, des juifs, des immigrants et tous ceux qui ne se distinguent des WASP.

C'est dans ce contexte explosif que Marcus Garvey développe son message identitaire.
Né en Jamaïque en 1887, Marcus Garvey, fonde en 1914 l’Association universelle pour l’amélioration de la condition noire (Universal Negro Improvement Association, UNIA, toujours en activité). En 1916, il émigre aux Etats-Unis. Brillant orateur et entrepreneur actif, Garvey propose un message politique identitaire qui tranche avec les options d'un Booker T. Washington ou encore celles de Du Bois.

Pochettes des albums de Burning Spear consacrés à Marcus Garvey.

Nationaliste virulent, il entend faire de la couleur de peau un motif de fierté. Il expliquait que les Afro-Américains devaient être fiers de leurs ancêtres africains. Constatant les violences subies par les Noir aux Etats-Unis, Garvey considère que les Noirs doivent s'organiser afin de disposer d'une véritable autonomie qui passe par la possession d'un sol et la direction d'activités économiques à des fins propres. Il milite pour un développement séparé, voire un rapatriement vers la "Terre-Mère", l'Afrique. Dans cette optique, en 1919, il fonde une compagnie, la black star line, afin d'assurer les voyages transatlantiques.



Au début des années 1920, la popularité de Garvey est à son apogée. Il multiplie les meetings et les parades en uniforme. L'UNIA rassemble entre 500 000 et 1 million de membres. Son journal, Negro world, fondé en 1918, tirera jusqu'à 250 000 exemplaires. Si son message effraie la classe moyenne noire et les libéraux blancs favorables à une cohabitation des communautés en bonne intelligence, il rencontre en revanche un très grand succès auprès des citadins pauvres, peu convaincus par les démarches juridiques de la NAACP (National Association for the Advancement of Coloured People, organisation pionnière dans la lutte pour les droits civiques). La force de persuasion de Garvey tient d'abord à son éloquence prophétique directement inspirée de la Bible. Ses idées d'autogestion (self reliance) et de retour en Afrique (Back to Africa) offrent alors une alternative à la "suprématie blanche".



Sa stratégie de développement séparé pour les Afro-Américain séduit même le Klan qui y voit un allié de circonstance avec lequel il partage un idéal de pureté et de séparation des races, excluant toute forme de métissage.

Mais, l'espoir immense qu'il suscite chez les Afro-américains est brisé par les échecs de ses entreprises ( banqueroute de la black star line en 1922). D'autre part, l'immense popularité de Garvey inquiète bientôt les autorités américaines, qui l'accusent de fraude fiscale en 1923. Arrêté, il est emprisonné au pénitencier fédéral d’Atlanta, avant son extradition vers la Jamaïque en 1927.

Garvey, sous bonne escorte, est conduit en prison.

Le message et les formules de Garvey survivent en tout cas au personnage (qui décède en 1940 à Londres). Par exemple, les déclarations de Marcus Garvey se trouve à l'origine du rastafarisme. Il devient ainsi un prophète aux yeux de nombreux Jamaïcains, les futurs rastas. En effet, en 1927, dans un discours, il affirme: "Regardez vers l'Afrique, où un roi noir sera couronné, qui mènera le peuple noir à sa délivrance". Le couronnement de Sélassié en 1930 fut ainsi interprété comme l'accomplissement de cette prophétie et suscita un immense espoir auprès des populations noires, prêtes à se lancer dans un rapatriement vers l'Afrique mère.

La devise nationaliste de Garvey One Aim, One God, One Destiny ("un Dieu, un but, une destinée") sera reprise par les rastafariens et les artistes de reggae. Ces derniers n'ont cessé de chanter les louanges de Garvey, à l'instar de Burning Spear, qui lui consacrera même deux albums entiers.




Winston Rodney est un des plus célèbres interprètes du reggae. Le chanteur s'est fait connaître sous le nom de Burning Spear ("javelot enflammé"), un pseudonyme qu'il emprunte au grand leader kenyan Jomo Kenyatta (pour en savoir plus sur l'indépendance du Kenya et la révolte des Mau-Mau, cliquez).



La pensée de Garvey aura aussi une grande influence chez certains leaders des luttes anticoloniales et dirigeants des jeunes Etats africains tels NKrumah au Ghana. Certains tenants des thèses afrocentristes tels Cheikh Anta Diop se référeront également au message du Jamaïcain.



Dans son morceau Black starliner, le groupe Culture se réfère à la quête identitaire des rastas et au message de Garvey: They took us away from our homeland / And we are slaving down here in Babylon / They are waiting for an opportunity / For the Black Starliner which is to come.


Sources:
- Pap NDiaye: Les Noirs américains. En marche pour l'égalité, Paris, Gallimard, coll. Découvertes, 2009.


- Le Point - hors-série "Les textes fondamentaux de la pensée noire" LE POINT HORS-SERIE N°22, avril 2009.



- Nicole Bacharan: "Les Noirs Américains. Des champs de coton à la Maison Blanche", éditions Panama, 2008.





Liens:

* Les rastas sur L'histgeobox:
- Black Uhuru: "I love King Selassie".
- Serge Gainsbourg: "Negusa Nagast".

* Site officiel de Burning Spear.

* L'Afrique enchantée (France Inter) du 9 novembre 2008: "Africa America".

dimanche 26 avril 2009

155. Arthur H: "le chercheur d'or".


Johann Sutter, un ancien capitaine de la garde suisse, obtient une concession de 900 km² ( qu'il baptise la « Nouvelle Helvétie ») dans la vallée du Sacramento à proximité de San Francisco dans une zone presque déserte. Il y bâtit un fortin, Sutter's Fort, pour se protéger des Indiens.

Le 24 janvier 1848, un de ses ouvriers, James Marshall, découvre des pépites d'or dans un gros tas de cailloux alors qu'il répare un moulin à eau. La nouvelle est d'abord tenue secrète. Or, la Californie appartient encore au Mexique.




chercheur dor - Arthur H

Les Etats-Unis cherchent alors à étendre leurs territoires vers l'ouest. Les Américains justifient cette politique d'expansion par la théorie de "la destinée manifeste" qui prétend que la destinée des Etats-Unis est de dominer toute l'Amérique du nord. Ils ne tardent donc pas à se confronter au Mexique, ancienne colonie espagnole devenue indépendante en 1821. Dès 1835, les colons américains présents au Texas proclament leur indépendance vis-à-vis du Mexique. En 1845, le président amércain James Polk annexe le Texas, ce qui accroît les tensions avec le grand voisin du sud et débouche sur une guerre.

Le conflit américano-mexicain débute en mai 1846. Polk envoie des troupes en Californie. Zachary Taylor et Winfield Scott, qui dirigent l'armée, écrasent la résistance mexicaine et s'emparent du Nouveau-Mexique, de la Californie et même de Mexico en 1847. Le traité de Guadalupe Hidalgo du 2 février 1848 entérine la perte de très vastes territoires pour le Mexique en Amérique du Nord. Contre 15 millions de dollars, les Etats-Unis obtiennent les Etats actuels de l'Utah, du Nevada, du Wyoming, du Colorado, de l'Arizona, de la Californie et une partie du Nouveau-Mexique (en 1853, l'achat d'une bande de terre au sud du Nouveau-Mexique achève l'expansion des Etats-Unis). Tous les territoires au Nord du Rio Grande, dont la Californie appartiennent désormais aux Etats-Unis. La découverte de l'or intervient donc un peu tard pour le Mexique...

Les Américains sont vainqueurs en 1848 et, Polk peut, en position de force, négocier avec le gouvernement mexicain l'achat d'un immense territoire. Le Mexique, indépendant depuis 1821, perd ainsi 40 % de son territoire (cf: le dessous des cartes).

Sutter entend garder le secret, mais la presse répand la nouvelle. L'annonce officielle de la présence d'or en Californie entraîne aussitôt la ruée vers l'or. De nombreux aventuriers et des familles entières traversèrent alors toute l'Amérique du Nord avec le secret espoir de devenir milliardaires. L'absence de toute administration sur place explique cet afflux de migrants, conscients que les premiers arrivés seront les premiers servis. A proximité des gisements aurifères, de nombreuses villes champignons sortent alors de terre en quelques semaines (et deviennent des villes-fantômes une fois le filon épuisé). La population de la Californie passe ainsi d'un millier d'habitants en 1846 à 93 000 en 1850.


Les chercheurs d'or déferlent du monde entier vers la Californie (des Polonais, Français dans la chanson). On prend vite l'habitude d'appeler les chercheurs arrivés en 1849 les forty-niners. Tous les moyens sont bons pour rallier ce nouvel eldorado: des files de chariots s'étirent le long des pistes. Des milliers d'Américains n'hésitent pas à traverser tout le continent en direction de l'ouest; d'autres optent pour la mer en passant par le Cap Horn, tandis que certains traversent l'isthme de Panama. Incontestablement cette découverte, tant de fois célébrée dans les westerns, contribue et accélère l'appropriation de leur territoire par les Américains.



Cette carte représente quelques unes des principales mines d'or californiennes (le numéro respecte la date de découverte).

Cette quête effrénée du précieux métal ne doit pas faire oublier les très difficiles conditions d'existence des pionniers qui se lancent dans l'aventure. Pour quelques prospecteurs qui amassent très rapidement de grosses fortunes, on compte une grande majorité de chercheurs misérables. L'extraction devient d'ailleurs de plus en plus difficile. Bien vite, les Américains essaient de chasser les étrangers qui leur font concurrence. Ils doivent désormais s'acquitter d'une taxe. D'autre part, les affrontements sont fréquents avec les indiens qui se sont faits chasser de leurs territoires par les prospecteurs.

Le talentueux Arthur H nous conte ici les mésaventures d'un de ces chercheurs d'or. Il souligne l'espoir immense qui habite ces hommes qui ont souvent tout quitté et son interprétation semble insister sur "la fièvre de l'or" qui brûle l'homme de l'intérieur. Il dépeint aussi les douleurs physiques liées à la quête des précieuses pépites.

Pour Pascal Bagot (voir sources) "Difficile dans Le chercheur d'or de ne pas voir une référence aux problèmes actuels entre les pays du nord et les population du sud. "L’immigration est la véritable aventure, dangereuse par essence. Tout quitter pour vivre ailleurs, dans des conditions précaires, on ne raconte plus ces histoires de pauvres parce qu’elles ne font pas rêver"."



Arthur H: "Le chercheur d'or".

San Francisco , 3 mai 1880
Ton Eugène
Chère Marie ne t’inquiète plus
Le chirurgien a dit hier
Que la gangrène n’a pas pris
Que la chance est avec moi
Certes je perds une jambe
Mais il me reste l’autre
Oh Marie, si tu savais
J’ai creusé le roc
Comme à main nue
Entouré de misérables
De Polonais et aussi quelques français
Oh Marie, nous autres
Les errants, les chercheurs d’or
Si nous ne vivons que par elle
La montagne nous dévore

Tout est bon
Ici ça va
Je suis vivant
Ici c’est chaud
Je suis sauvé
Ici ça va
Je suis vivant

Dès l’aurore résonne
Le tonnerre de la dynamite
Des blocs de roches s’affaissent
Dévalent le long des ravines
Oh Marie, à chaque seconde
L’avalanche me désire et me frôle
Ce matin là, elle me prodigue
Ses plus douces caresses
Amoureusement elle m’enlace
Je suis son amant

Tout est bon
Ici ça va
Je suis vivant
Ici c’est bon
Je suis sauvé
Ici ça va
Je suis vivant

Oh ma chère Marie
Enfin c’est l’heure du secret
Tu vois sous mes draps
Il y a un petit sac en cuir noir
Ce qui illumine ma main
C’est de la poussière d’or, Marie
Regarde comme je brille
Regarde comme nous sommes riches

Sens sur ton visage
Ce vent qui te lave
Et qui gonfle les voiles
De ce vaisseau qui quitte la rive
Oh Marie, adieu la mort
Adieu l’Amérique

Tout est bon
Ici ça va
Je suis vivant
Ici c’est chaud
Je suis sauvé
Ici ça va
Je suis vivant

Sources:
- Le dessous des cartes: la politique étrangère des Etats-Unis 1.
- Pascal Bagot sur RFI.fr: Arthur H "Adieu tristesse".
- Les docs de l'actu n°10: les grandes dates de l'histoire des Etats-Unis.

A lire:
- "L'or" de Blaise Cendrars consacré à Suter et sa quête (merci Jérôme).
- "L'atlas de la Californie" par Gérard Dorel, éditions Autrement (merci Etienne).
- L'article qu'Etienne Augris consacre à la BD "Chinaman" (l'odyssée d'un Chinois en Amérique).

Liens:
- Le site officiel d'Arthur H.

mercredi 15 avril 2009

154. Lord Kitchener: "Birth of Ghana".



Sur le Golfe de Guinée, au niveau de l'Equateur, le Ghana est entouré de pays francophones (Côte d'Ivoire, Togo). On peut y distinguer deux grands domaines bioclimatiques: au nord, la savane, au sud, de grandes forêts. 21 millions d'habitants habitent ce petit territoire, riche en gisements aurifères. Aussi, il prend donc le nom de Gold Coast, Côte de l'or. A la fin du XVème siècle, les Portugais y installent des comptoirs commerciaux, avant d'être chassés par les Hollandais, puis les Britanniques qui prennent le contrôle du commerce de l'or. La traite des esclaves constitue l'autre commerce lucratif du pays (jusqu'au milieu du XVIIIème siècle).

Fin XIXe, le pays ashanti (au nord) se rebelle, la couronne britannique envoie alors l'armée. Le territoire ashanti est soumis et les Britanniques fixent les frontières en 1901. Dans les années 1920, la Gold Coast devient la colonie la plus prospère du continent africain grâce au commerce de l'or et du cacao.


Lord Kitchener.

En 1925, les colons britanniques organisent des élections pour mettre en place un conseil des chefs indigènes. Pourtant la vie politique ne se développe véritablement qu'au lendemain de la guerre. Face aux troubles et à la montée des nationalismes, les Anglais comprennent qu'il est nécessaire de donner un peu plus d'autonomie au pays. Les partis politiques sont autorisés.


En 1949, le docteur Kwame NKrumah fonde le Parti de la Convention du Peuple. Il lance en 1950, une "campagne d'action positive"(désobéissance civile,boycott, grèves). Son emprisonnement par les autorités coloniales contribue à accroître sa popularité et il devient vite le héros national. Face à l'agitation provoquée par cette arrestation, les autorités s'empressent de le relâcher. Il devient premier ministre à la suite de la victoire de son parti aux élections législatives de 1951. Les négociations avec les colons se poursuivent et aboutissent à l'indépendance le 6 mars 1957. La Gold Coast devient la première colonie d'Afrique sub-saharienne à accéder à l'indépendance. Elle abandonne alors son toponyme colonial et se rebaptise Ghana, en référence à un ancien Empire africain.


Kwame NKrumah et la duchesse de Kent dansent lors des festivités qui accompagnent l'indépendance du Ghana.

Le retentissement de cet événement est immense en Afrique noire et Accra devient la capitale des peuples en lutte. Durant la nuit du 6 mars 1957, des manifestations de joie et de jubilation ont lieu dans la capitale du Ghana. Elles retentissent à travers l’Afrique et ont un écho dans toute la diaspora noire, aux Caraïbes, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Nkrumah devient le champion du panafricanisme. Il lance par exemple: «L’indépendance du Ghana n’a aucun sens sauf si elle est combinée avec la libération totale de l’Afrique» (dans un prochain article nous nous intéresserons aux tentatives de NKrumah pour faire triompher cette idée).

Nkrumah avec le leader noir américain W.E.B. Dubois, l'organisateur du premier congrès panafricain en 1919, et son épouse.

Lord Kitchener [1922-2000], Aldwyn Roberts pour l’état civil, Afrodescendant de Trinidad, grand maître du Calypso, célèbre ici l'avènement du nouvel Etat, espérant que son exemple soit rapidement suivi par les autres colonies d'Afrique noire. Le chanteur emprunte son nom à un des principaux maréchaux de l'Empire britannique, ministre de la guerre pendant le premier conflit mondial. Cette homonymie a parfois provoqué d'étonnants malentendus. Ainsi lorsque Terror, un autre célèbre calypsonien arrive à Londres et demande au taxi de le conduire chez Lord Kitchener, il s'entend répondre: "Mais enfin, Monsieur, il est mort depuis 50 ans!"


Le calypso est la musique populaire de Trinité et Tobago, un petit pays constitué de deux îles de la mer des Caraïbes. Ce style a connu son âge d’or dans les années 1930-50 et plonge ses racines dans les défilés aux flambeaux (« cannes brûlées » ou « canboulay ») qui avaient lieu la nuit précédant les carnavals du Mardi gras. L'album Calypso (1956) de Harry Belafonte contribua à la popularité et la diffusion de cette musique. L'essor et le triomphe du reggae jamaïcain éclipseront quelque peu le calypso dans les années 1960, 1970.

Le drapeau ghanéen décrit par Lord Kitchener dans sa chanson. Le rouge, l'or et le vert correspondent aux couleurs panafricaines. L'étoile noire, voulue par NKrumah, symbolise la liberté de l'Afrique.

Lord Kitchener: "Birth of Ghana". Quelques difficultés dans la transcription du morceau, si vous comprenez mieux l'anglais que moi, n'hésitez pas à me corriger en commentaire.


We'll never be forgotten the Six of march 1957
when the Gold Coast successfully
get the independance officialy

Refrain:
Ghana!
Ghana is the name
Ghana
we wish to proclaim
We will ....
the six of march independance day

Doctor Nkrumah ....
to make the Gold Coast what it is today
he ... to bring us freedom and liberty

refrain

The doctor ... an agitator

then he became popular leader
he continue to go further
and now he's gone prime minister

Ghana!
Ghana is the name
Ghana
we wish to proclaim
We will ....

the national flag is a lovely sign
with beautiful colors
red gold and green
and a black star in the center
representing the freedom of Africa

Ghana!
Ghana is the name
Ghana
we wish to proclaim
We will ....
the six of march independance day

Congratulations from Haile Selassie
was probably receive proudly by everybody
... particularly
... self-government

____________________

Nous n'oublierons jamais le 6 mars 1957 / lorsque la Côte de l'or obtint / officiellement son indépendance.

refrain: Ghana! / Ghana/ Ghana est le nom que nous voulons proclamer
nous ? le 6 mars jour d'indépendance.

Doteur NKrumah ? / pour faire de la Côte de l'or ce qu'elle est aujourd'hui / il ? / nous apporter la liberté

refrain

le docteur ? un agitateur / puis il devint un leader populaire / poursuivant son activité / jusqu'à devenir le premier ministre.

refrain

le drapeau national est un joli ? / avec de belles couleurs / rouge, or et vert
/ et une étoile noir au milieu / représentant la libération de l'Afrique

refrain

Les félicitations d'Haile Selassie / furent accueillies fièrement par tout le monde / ? particulièrement / ? le gouvernement autonome.

Sources:

- L'émission "L'Afrique enchantée" du 21 août 2007 (sur France Inter) consacrée au Ghana.

- Bernard Droz: "Histoire de la décolonisation au XXème siècle", le Seuil, 2006.

mardi 14 avril 2009

153. Boris Vian:"le déserteur".

Mouloudji, premier interprète du déserteur de Boris Vian.

Boris Vian écrit sa chanson le déserteur en 1954, alors que la contre-offensive française face aux attaques du général Giap, en Indochine, se solde par la défaite de Diên Biên Phu. L'armée française, encerclée dans cette cuvette compte 1500 morts. Pierre Mendès France ouvre donc des négociations afin de mettre un terme à la "sale guerre". Les accords de Genève, signés le 21 juillet 1954, reconnaissent l'indépendance de Vietnam, du Laos et du Cambodge.


mouloudji "le déserteur"
envoyé par GERARDSERGE. - Regardez la dernière sélection musicale.

Pour autant, la France n'en a pas fini avec les guerres coloniales, puisque la "Toussaint rouge", en cette même année 1954, marque le début de la guerre d'Algérie. Or, à la différence de la guerre d'Indochine qui n'avait concerné que le contingent, le conflit algérien entraîne l'envoi de jeunes appelés. Toutes les familles françaises se trouvent donc directement concernées, de près ou de loin, par le "cancer algérien". La chanson de Boris Vian résume ainsi à merveille la lassitude générale et le sentiment partagé qu'il faut en finir une bonne fois pour toutes avec la fatalité de la guerre. Depuis 1939, les périodes de répits furent en effet bien rares("Depuis que je suis né / J'ai vu mourir mon père / J'ai vu partir mes frères / Et pleurer mes enfants" ).



Le texte de la chanson prend la forme d’une lettre adressée au Président par un homme ayant reçu un ordre de mobilisation pour aller combattre. L’auteur de la missive explique pourquoi il opte pour la désertion. Au fil du texte, il multiplie les provocations. Il incite ainsi son auditoire à suivre son exemple en refusant d'obéir(" Refusez d'obéir / Refusez de la faire / N'allez pas à la guerre / Refusez de partir "). Il va jusqu'à mettre la plus autorité du pays en face de ses contradictions et place le président face à ses responsabilités ("S'il faut donner son sang / Allez donner le vôtre / Vous êtes bon apôtre / Monsieur le Président ").



Or, par une malencontreuse coïncidence, Mouloudji, auquel Boris Vian propose son texte créé « le Déserteur » le 7 mai 1954, le jour même de la défaite de Diên Biên Phu,
Dans le contexte de l'entre-deux-guerres coloniales, les couplets pacifistes de ce pamphlet antimilitariste provoquent un immense scandale et entraînent rapidement l'interdiction pure et simple de la chanson. Vian mécontente décidément les bien pensants qui avaient été choqués par son roman "j'irai cracher sur vos tombes".

En 1955, Paul Faber, conseiller municipal de Paris, obtient son interdiction de passage sur les ondes. En guise de réponse, Boris Vian écrivit une lettre mémorable qu'il diffusa partout sous forme de lettre ouverte, sous le nom de Lettre ouverte à Monsieur Paul Faber, extraits:
« Ma chanson n'est nullement antimilitariste mais, je le reconnais, violemment procivile. »

« D’ailleurs mourir pour la patrie, c’est fort bien ; encore faut-il ne pas mourir tous – car où serait la patrie ? Ce n’est pas la terre –ce sont les gens, la patrie. Ce ne sont pas les soldats : ce sont les civils que l’on est censé défendre – et les soldats n’ont rien de plus pressé que de redevenir civils, car cela signifie que la guerre est terminée



Vian devient une des cibles favorites des associations d'anciens combattants qui multiplient les chahuts lors des concerts de Vian l'année suivante.
Mais, comme souvent, cette censure aboutit à l'effet inverse recherché par les censeur, puisque le bouche-à-oreille fonctionne parfaitement. Elle se diffuse discrètement dans les milieux pacifistes de l'époque.



La jeune radio Europe n° 1 (fondée en 1955), qui tente d'imposer un ton anticonformiste, flaire le bon coup en diffusant la chanson qui devient au cours de la décennie suivante un véritable succès populaire repris par de nombreux interprètes tels Serge Reggiani, Joan Baez ou le trio folk Peter, Paul and Mary. Ces derniers en font un hymne de protestation contre la guerre du Vietnam.



Derrière l'aspect purement pacifiste et antimilitariste de la chanson, "procivile" disait Vian, n'oublions pas que la version initiale était beaucoup plus menaçante puisqu'elle se terminait par ces mots: « Prévenez vos gendarmes / Que j'emporte des armes / Et que je sais tirer… », au lieu de l'habituel « Que je n'aurai pas d'armes / Et qu'ils pourront tirer… ». La signification de la chanson en est profondément transformée. Cette version s'apparente à une véritable insoumission et propose de répondre à la violence par la violence. Finalement, c'est Mouloudji qui convainc Vian de modifier son texte.



Le déserteur (Boris Vian)



Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n'aurai pas d'armes
Et qu'ils pourront tirer
Sources:
- C. Traïni: "La musique en colère", Presses de Scien-Po, 2008.
- A. Ruscio: "Que la France était belle au temps des colonies", Maisonneuve et Larose, 2001.

Liens:

* Boris Vian sur L'Histgeobox:



* le petit cahier du grand Boris.
- Une lettre des éditions Paul Beuscher en octobre 1954 demande à Boris Vian de changer le contenu du "déserteur".


mardi 7 avril 2009

Sur la platine: avril 2009.



1. Maravillas de Mali: "Lumumba". Le souvenir de Lumumba est ici chanté par les Maravillas de Mali, un orchestre malien formé à Cuba.



2. Georges Brassens: "les oiseaux de passage". Un titre un peu oublié du grand Georges, pourtant textes et musique méritent un écoute attentive.


3. Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo: "Hwe towe hun". La formation star du Bénin de Mathieu Kérékou, mélangeant de funk et rythmiques typiques des cérémonies vaudoues.


4. Arthur H & M: "Est-ce que tu aimes?" Ces deux "fils de" possèdent un talent indéniable et leurs répertoires de plus en plus conséquent se distinguent par leurs qualités et originalités. Leur rencontre ne pouvaient donc que produire des étincelles.

5. Ken Boothe: "Godfather (theme)". Cette grande voix de la musique jamaïcaine livre ici une solide interprétation de la bande son du Parrain.



6. Shirley Ann Lee: "There's a light". Le label Numero Group se consacre aux rééditions soul et funk (nous vous en parlions le mois dernier). Ce morceau est tirée de la dernière sortie du label intitulée Local customs: Downriver revival.



7. Eddie Bo: "Hook and sling part 1". Hommage au grand pianiste de la Nouvelle-Orléans décédé le mois dernier. Ses nombreux enregistrements se caractérisent par un funk irrésistible, typique de la Crescent city.

8. Franco & Sam Mangwana: "Coopération". Les deux cadors de la musique congolaises se retrouvent en 1982 sur ce très gros succès. Les fidèles auditeurs de l'Afrique enchantée reconnaîtront sans mal le générique de l'émission.

Liens:

- "J'aime bien Avril 2009": la sélection mensuelle d'Etienne Augris sur Samarra: Roots Manuva, Positive Black Soul, The Coup, The Clash,Y.A.S.,Oxmo Puccino, et Kery James.

vendredi 3 avril 2009

152. Chiwoniso: "Matsotsi" (2008).

Extension du choléra au Zimbabwe, en novembre 2008.

Comme nous l'avons vu dans l'article précédent, le Zimbabwe accède à l'indépendance tardivement, après des luttes très dures, en 1980. Mugabe devient le premier ministre du pays et applique à la lettre les accords de Lancaster House. Dès sa prise de fonction, il se révèle pragmatique et rassure la minorité blanche. Le pays connaît alors un décollage économique.

Mais, très vite, de graves tensions éclatent dans la région du Matabeleland à l'ouest du pays, région d'origine de l'autre grand leader nationaliste, Joshua NKomo, le ministre de l'intérieur du gouvernement d'union nationale. Mugabe le limoge en 1982 et l'accuse de complot, comme beaucoup d'autres de ses compagnons de lutte. Une répression terrible s'abat alors sur le pays jusqu'en 1987.

A cette date, un accord est signé entre NKomo et Mugabe dont les partis fusionnent au sein de la ZANUPF. Bientôt, Mugabe se proclame président, engageant une réforme constitutionnelle qui supprime, entre autres, la fonction de premier ministre. Le pouvoir devient de plus en plus autoritaire. les méthodes du régime se rapprochent d'ailleurs beaucoup de celles de la Rhodésie de Ian Smith. Par exemple, en 1991, lors de la visite de la reine d'Angleterre au Zimbabwe, les bidonvilles de Harare sont rasés; les habitants en sont déplacés, hors de la capitale.

Robert Mugabe.

Corruption et népotisme sont érigés en mode de fonctionnement. Le pays connaît alors une inflation galopante. Le mécontentement grandit et le président subit un camouflé lors d'un référendum en 2000. Mugabe tente alors de contenir la colère populaire. Il fustige le néocolonialisme des fermiers blancs qui continuent d'accaparer la terre. Ces derniers détiennent toujours 70% des terres, alors qu'ils ne représentent qu'1% de la population. Mugabe exproprie donc les fermiers blancs sans autre forme de procès pour redistribuer les terres aux petits paysans. En fait, les caciques du régime accaparent ces grands domaines fonciers.



Cette expropriation, mal préparée, s'avère catastrophique. Les nouveaux propriétaires n'investissant pas suffisamment dans leurs nouveaux domaines et manquant de savoir faire, le pays doit bientôt importer des céréales, alors qu'il s'agissait du grenier à blé de l'Afrique australe. Des famines chroniques frappent alors le pays.

Le chef de l'opposition au Zimbabwe Morgan Tsvangirai se retire du second tour de l'élection présidentielle, prévue le 27 juin. AP

En 2008, on compte 40% de chômeurs au Zimbabwe. L'inflation explose. Aux élections législatives et présidentielles, le Mouvement pour le changement démocratique, le parti d'opposition, remporte la majorité à l'Assemblée. Pourtant, Mugabe refuse d'abandonner son pouvoir. Les résultats des élections ne sont communiqué qu'au bout d'un mois. Selon le pouvoir, un second tour serait nécessaire. Les violences policières s'abattent de nouveau sur le pays et sur les opposants, contraints de se réfugier dans l'ambassade des Pays Bas. Face aux menaces, l'opposition refuse de participer au second tour. Dans ces conditions, et malgré le tollé international, Mugabé, seul candidat, ne peut que l'emporter.

Le président zimbabwéen Robert Mugabe et son homologue sud-africain Thabo Mbeki, le 9 mai 2008 à Harare - © AFP

L'ex-président sud-africain, Thabo Mbéki est chargé d'une médiation. Choix très contestable dans la mesure où il reste un soutien fidèle de Mugabé, considéré comme un des derniers leaders de la lutte contre l'apartheid en Afrique australe (Mugabé avait aidé l'ANC). Par ailleurs, beaucoup d'autres dirigeants africains ne peuvent que fermer les yeux face aux abus de pouvoir de Mugabé, tant leurs pratiques se rapprochent de celles du dictateur zimbabwéen... Si un accord est trouvé en septembre 2008, avec la désignation d'un premier ministre issu de l'opposition, Mugabé n'en reste pas moins solidement en place. Les habitants du pays restent les grandes victimes de cette situation. A la situation économique catastrophique s'ajoute l'épidémie de choléra qui a pris des proportions terrifiantes.

 Chiwoniso et sa mbira.

Chiwoniso Maraire est née en 1976 à Olympia, une petite ville qui est la capitale de l'État de Washington. Son père est ethnomusicologue et sa mère, musicienne. Très tôt, ils lui apprennent le chant et le jeu de la mbira, le piano à pouce. Sa famille rentre au Zimbabwe, alors qu'elle a quatorze ans. Elle fait alors partie du groupe de rap "A Peace of Ebony".

Puis, en 1996, Chiwoniso sort son premier album écrit en shona, français et anglais, Ancient Voices, acclamé par la critique internationale. A partir de là, elle mulitplie les tournées et devient bientôt très populaire en Afrique Centrale et Australe.

Dans son troisième album Rebel Woman (2008), elle livre une chronique douce-amère du quotidien au Zimbabwe. La chanson Rebel Woman célèbre par exemple le courage des femmes du Zimbabwe, qui font tenir le pays au quotidien, tandis que le morceau Kurima aborde l'épineuse question de la réforme agraire au Zimbabwe.


Le pays possède une très riche tradition musicale. Ainsi, Chiwoniso s'appuie sur la force mystique de la mbira, le piano à pouces du Zimbabwe (de fines lamelles métalliques montées sur un socle en bois enchâssé dans une calebasse), un instrument qui permettrait de communiquer avec les esprits des ancêtres. Ces pratiques déplurent très tôt aux missionnaires et furent donc interdites durant la période coloniale.

Aujourd'hui, le pays est indépendant. Pour autant, les musiciens restent des cibles faciles pour le pouvoir, comme le rappelle Chiwoniso. « Chaque jour, il y a le risque de se faire arrêter, car si tu chantes ce que tu penses, on risque de t’accuser de faire partie de l’opposition ou du parti au pouvoir. Ils ont oublié qu’il existe un moyen terme, où on ne roule pour personne mais on attend juste de vivre mieux. Actuellement, on doit vraiment choisir nos mots si on ne veut pas se mettre en difficulté. Il faudrait arrêter de penser, arrêter de chanter mais bien sûr, on ne peut pas… ».

En 2006, Chiwoniso fut brièvement arrêtée sous un prétexte bidon (vol à main armée). En réalité, le régime lui reprochait d'avoir écrit Matsotsi (voleurs), une chanson évoquant la corruption et le népotisme qui gangrène son pays.
La chanteuse est décédée en 2013 d'une pneumonie. Elle n'avait que 37 ans. 

"Matotsi" Chiwoniso.

Voici quelques extraits du morceau interprété en shona:
"Comment vais-je rentrer au village / moi qui n'ait pas un sou en poche pour prendre la bus / les puissants, eux, s'achètent de belles voitures. Regarde comme ils se portent bien. / Chère mère, ce pays de bandit est en train de me tuer. / Cher père, je meurs dans ce pays de voleur. / Les voleurs, eux, se portent bien."

Sources:
- L'émission l'Afrique enchantée du 1er février 2009.


Liens:
* D'autres consacrés au Zimbabwe et son histoire sur les blogs (L'Histgeobox et Samarra).
- Bobby Kalphat: "South West of Rhodesia". Retour sur la période coloniale, au temps de la Rhodésie du sud et son régime raciste.
- Bob Marley: "Zimbabwe". Le reggaeman donne un concert à Harare le jour de l'indépendance de la Zimbabwe et compose aussi un morceau en l'honneur de la jeune nation.
- Les chants de libération du Zimbabwe.
* Mbira singles sur world service.
* Shungu hits sur Matsuli.