mercredi 30 avril 2008

26. I AM:"Le soldat".

Avec ce titre tiré de l'album "Ombre et lumière", le groupe de rap marseillais I am décrit le sinistre quotidien du soldat en tant de guerre:
- la peur de mourir ("j'avais si peur de mourir, d'être blessé et pourrir.");
- la brutalisation des esprits;
- les armes sans cesse plus meurtrières qui sèment la mort; une mort anonyme comme celle donné à l'adversaire que l'on ne voit pas ("Connaître leurs visages? Ne t'en soucie pas").






By Thesupermat [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], from Wikimedia Commons.

I am adopte ici le point de vue du soldat qui narre ce qu'il voit autour de lui, ce qui confère plus de force au témoignage. Il est ici impossible d'identifier un conflit en particulier, mais les scènes décrites sont en tout cas communes à la plupart des guerres, en particulier les massacres de civils.

10H37, les opérations commencent
ma compagnie est fin prête et les missiles s'élancent.
Sur la colline d'en face les canons crachent des feux de l'enfer.
Obéissant aux galons,
combien d'amis sont partis, combien d'amis restent enfermés dans
un asile. Opérationnel sur le terrain. Peste soit avec leurs sourires qui
me tuent tous les jours.Les hélicos me rendent fous, les hommes courent
afin de fuir la mort qui fauchent les corps, elle coche.La vie est impôt vers
la fin est moche c'est une quinte floche.Même dans mes pires cauchemards
ce n'était pas si sordide: un fratricide légitime impuni.Ce n'est qu'un
jeu macabre dans un champ de plaques de marbre où les plus fiers se
retirent pour aller mourir sous un arbre. Les horreurs du combat en tout
cas m'ont vite appris la raison pour laquelle ceux qui sont morts sourient.
Les obus pleuvent autour coupant les arbres à chaque impact, clac,
seulement pour mutiler. Est-ce bien utile? Et futile est mon rôle: dans
la mêlée, la clameur comme mille balles me frôlent.(En)Fait non:c'est pour
de bon le front.Nos officiers tuent de sang froid ceux qui de nous se cachent
et courent à reculons.
Connaître leurs visages?Ne t'en soucie pas,
c'est une simple histoire de soldat
c'est une simple histoire de soldat

10H50, les combats font rage, l'orée du bois est couleur pourpre
et jonchée de cadavres. Quand je pense à la nuit dernière sans
étoiles où les balles traçantes tissaient leur toile léthale...j'avais
si peur de mourir, d'être blessé et pourir.La peur me tétanise
et j'ai trop de mal à me nourrir.Ceux d'en face ont peut-être le
même âge que moi. Ils ont une mère qui sera inconsolable s'ils
n'en reviennent pas et qui sait, ils auraient pu être mes amis?
Chaque fois que j'en vois un sans vie, je vomis...C'est fou ce
qu'on peut penser quand on est sûr d'y passer.Chassé-croisé
dans un fossé creusé tout prêt à enterrer.Regarde autour:
l'Horreur est l'invitée aujourd'hui, assistée dans son oeuvre noire
de Dame Folie.

Connaître mon visage?Ne t'en soucie pas,
c'est une simple histoire de soldat
c'est une simple histoire de soldat

11H50, tout en haut de la colline, je n'arrive pas à croire que
l'ascension fut si facile. La résistance adverse fut faible. Notre
colonel se vante d'avoir fondu comme un aigle sur l'objectif
qu'on nous ordonne d'inspecter et de bien être attentif afin
de prendre des prisonniers.Quand j'arrive sur les lieux, tout
n'est que cendre et poussière, les gradés félicitent et sont
tout fiers. Les bâtisses ne présentent aucun aspect hostile...
Mon Dieu! On a massacré des civils! Je cours au milieu des
corps des familles décimés:des tas de gens paisibles que la guerre
a tué. Nos généraux, nos colonels en ont pas perdu le sourire. A
croire qu'ils le savaient. Mon âme me dis"Tire dans le tas"
Tous ces meurtres pour une raison unique: prendre la colline, un
endroit stratégique. Le drame est intèrieur. Depuis ce jour là
j'attends. J'ai perdu mon humanité ce beau matin de printemps.

En vérité je n'ai jamais su pourquoi je me bats
c'est une simple histoire de soldat

25. Alfredo Zitarrosa:"Adagio a mi pais".

De 1903 à 1920, l'Uruguay connaît la prospérité sous la présidence de José Batlle y Ordóñez, à tel point qu'on considère alors le pays comme la « Suisse de l'Amérique ». Ici comme ailleurs, la crise de 1929 met un terme à cette croissance économique.
[Wikimedia Commons]

Les années 1950 se caractérisent par une reprise sensible des activités économiques. A partir de 1959, le pays est de nouveau frappé de plein fouet par la crise. D'abord économique et sociale, elle devient politique. A la suite d'un coup d'état perpétré le 27 juin 1973, Juan María Bordaberry instaure la dictature militaire. Elle durera 12 ans, la transition démocratique s'opèrant dans la première moitié des années 1980. Désormais, l'Uruguay fait partie du Mercosur et tente de tirer son épingle du jeu dans la mondialisation; les inégalités sociales y sont abyssales.

Zitarrosa chante ici un titre poignant, dans lequel il rend un hommage émouvant à l'Uruguay et son peuple. A l'instar de nombreux musiciens du cône sud des années 1970 (Victor Jara, Violeta Parra au Chili, Yupanqui en Argentine), Zitarrosa s'intéresse surtout aux laissés-pour-compte (ouvriers, petits paysans, indiens...). L'engagement à gauche de ces musiciens leur vaut souvent l'ostracisme et l'exil (voire l'assassinat dans le cas de Jara) pendant les années de dictature. Les chansons de Zitarrosa ont été interdites par les dictatures argentine, chilienne et uruguayenne.
Aujourd'hui, Zitarrosa est considéré en Uruguay comme LE chanteur national, celui qui incarne l'âme et l'identité de son peuple.



ADAGIO EN MI PAÍSde Alfredo Zitarrosa (1972-1973)

Dans mon pays, quelle tristesse,
la pauvreté et la rancoeur.
Mon père dit qu'une époque nouvelle
arrivera un beau jour
et il me dit qu'il rêve
que le soleil brillera
sur un peuple labourant sa terre fertile.
Mon pays quelle tristesse,
la pauvreté et la rancoeur.

En mi país, que tristeza,
la pobreza y el rencor.
Dice mi padre que ya llegará
desde el fondo del tiempo otro tiempo
y me dice que el sol brillará
sobre un pueblo que él sueña
labrando su verde solar.
En mi país que tristeza,
la pobreza y el rencor.

Terre nourricière,
tu n'as pas demandé la guerre, je le sais.
Mon père dit qu'un seul traître
peut vaincre mille courageux;
il sent que le peuple dans son immense douleur
refuse de boire dans l'eau claire de la fontaine de l'honneur.
Terre nourricière,
tu n'as pas demandé la guerre, je le sais.

Tú no pediste la guerra,
madre tierra, yo lo sé.
Dice mi padre que un solo traidor
puede con mil valientes;
él siente que el pueblo, en su inmenso dolor,
hoy se niega a beber en la fuente
clara del honor.
Tú no pediste la guerra,
madre tierra, yo lo sé.

Dans mon pays nous sommes durs,
l'avenir le dira.
Mon peuple chante la paix.
Derrière chaque porte
mon peuple est en alerte;
personne ne pourra
étouffer son chant
demain il chantera encore.
Dans mon pays nous sommes durs,
l'avenir le dira.

En mi país somos duros:
el futuro lo dirá.
Canta mi pueblo una canción de paz.
Detrás de cada puerta
está alerta mi pueblo;
y ya nadie podrá
silenciar su canción
y mañana también cantará.
En mi país somos duros:
el futuro lo dirá.

Dans mon pays, quelle tiédeur,
quand le soleil se lève.
Mon peuple dit qu'il peut lire dans sa main d'ouvrier le destin
et ni les devins ni les rois
ne pourront tracer le chemin qu'il va parcourir.
Dans mon pays, quelle tiédeur,
quand le soleil se lève.

En mi país, que tibieza,
cuando empieza a amanecer.
Dice mi pueblo que puede leer
en su mano de obrero el destino
y que no hay adivino ni rey
que le pueda marcar el camino
que va a recorrer.
En mi país, que tibieza,
cuando empieza a amanecer.

Dans mon pays nous sommes: des milliers
de larmes et de fusils,
un poing et un chant vibrant,
une flamme ardente, un géant
qui crie: en avant, en avant.

CORO:
En mi país somos miles y miles
de lágrimas y de fusiles,
un puño y un canto vibrante,
una llama encendida, un gigante
que grita: ¡Adelante... Adelante!


Liens:
- La bio de Zitarrosa sur Wikipédia.
- L'Uruguay aujourd'hui.

dimanche 27 avril 2008

24. Nina Simone: "Mississippi goddam".

En mars-avril 1963 débute la campagne de Birmingham en faveur des droits civiques. Les manifestants agressés violemment par des chiens dressés, les arrestations massives d'enfants et d'adolescents par des forces de police aux ordres de l'impitoyable Bull O' Connors font rapidement le tour du monde et choquent profondémént l'opinion publique américaine. Le gouvernement fédéral se doit de réagir.

[By Kroon, Ron / Anefo [CC BY 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0) or CC BY-SA 3.0 nl (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/nl/deed.en)], via Wikimedia Commons]


Le 11 juin 1963, lors d'une conférence de presse télévisée, le président J.F. Kennedy annonce que "le temps est désormais venu pour cette nation de remplir ses promesses. Les événements de Birmingham et d'ailleurs ont augmenté les cris en faveur de l'égalité, si bien qu'aucune ville, aucun Etat, aucun corps législatif ne peut choisir prudemment de les ignorer..." Il annonce ainsi la loi sur les droits civiques en gestation (que portera son vice-président Johnson).
Le 12 juin 1963, l’activiste du mouvement des droits civiques Medgar Evers est assassiné à Jackson. Il s'était vu refuser quelques années plus tôt l'entrée à l'université du Mississippi. Tout au long de l'année 1962, il avait donc soutenu la cause de James Meredith, qui lui aussi tentait de faire céder ce bastion de la ségrégation. Finalement, ces prises de position, en l'exposant à la vindicte des ségrégationnistes. Evers est abbatu alors qu'il gare sa voiture. Son assassin, Byron de La Beckwith, un tenant de la suprématie blanche hostile aux transformations qui affectent la société sudiste, sera acquitté à deux reprises par des jurys locaux composés de blancs favorables au maintien de la ségrégation. Il faudra attendre 1994 et le dépaysement du procès (loin du Mississippi) pour voir de La Beckwith enfin condamné (à la perpétuité).

L'assassinat d'Evers et la tuerie aveugle de 4 fillettes qui priaient dans l’église baptiste de la 16ème rue à Birmingham (Alabama) marquèrent profondément Nina Simone. En hommage aux victimes, la chanteuse composera alors un de ses titres les plus forts : « Mississippi Goddam ».

Les quatre victimes de l'attentat de Birmingham.

Nina Simone possède une voix d'exception qui lui permet de tout chanter. Il est d'ailleurs impossible de la cantonner à un genre musical. D'abord plutôt timorée à l'endroit de la lutte pour les droits civiques, elle s'impliquera de plus en plus dans ce combat comme l'attestent de nombreux titres (Mississippi goddam, Young gifted and black, Four women...). D'abord favorable au mouvement non-violent porté par le Dr King, Simone infléchit bientôt sa position. Si elle apprécie le dr King, elle trouve sa démarche naïve, inefficace, trop lente. Ses préférences vont désormais à des discours plus radicaux, ceux de Stokely Carmichael, héraut du Black Power, ou encore Malcom X dont le "programme d'autonomie et d'autodéfense semblait répondre à ma méfiance envers l'Amérique des Blancs". Nina Simone s'exile bientôt en Afrique, ne supportant plus le racisme du sud des EU qu'elle prend l'habitude de nommer "United Snakes of Amerikkka" (en référence au Ku Klux Klan).

Avec cette chanson et l'obsédante phrase "allez-y doucement", Nina Simone marque sa volonté d’en finir avec les atermoiements qui repoussent toujours au lendemain la fin véritable de la ségrégation et des violences racistes.



Mississippi Goddam (1963) Nina Simone

The name of this tune is Mississippi goddam
And I mean every word of it


Le nom de cet air est Mississippi Goddam
Et j’en pense chaque mot


Alabama's gotten me so upset
Tennessee made me lose my rest
And everybody knows about Mississippi Goddam

L'Alabama m'obsède
Le Tennessee m’a fait perdre mon calme
Et tout le monde sait ce qui se passe dans ce satané Mississippi

Can't you see it
Can't you feel it
It's all in the air
I can't stand the pressure much longer
Somebody say a prayer


Ne le voyez-vous pas
Ne le sentez vous pas
C’est là, tout autour de nous
Je ne peux supporter cette pression plus longtemps
Que quelqu'un dise une prière


Alabama's gotten me so upset
Tennessee made me lose my rest
And everybody knows about Mississippi Goddam

L'Alabama m'obsède
Le Tennessee m’a fait perdre mon calme
Et tout le monde sait ce qui se passe dans ce satané Mississippi

This is a show tune
But the show hasn't been written for it, yet

C'est une pièce à jouer
Mais la comédie n'a pas encore été écrite.


Hound dogs on my trail
School children sitting in jail
Black cat cross my path
I think every day's gonna be my last

Des chiens de chasse sur ma trace
Des enfants en prison
Un chat noir a croisé mon chemin
Je pense que chaque jour qui passe va être mon dernier


Lord have mercy on this land of mine
We all gonna get it in due time
I don't belong here
I don't belong there
I've even stopped believing in prayer

Seigneur ait pitié de cette terre qui est la mienne
Nous l'a rejoindrons tous quand sonnera l'heure
Je ne suis pas d’ici
Je ne suis pas de là
Je ne crois plus à cette prière


Don't tell me
I tell you
Me and my people just about due
I've been there so I know
They keep on saying "Go slow!"

Ne me dites pas
Moi et mon peuple nous sommes au courant
J'étais là donc je sais
Vous continuez à dire "allez-y doucement"!

But that's just the trouble
"do it slow"
Washing the windows
"do it slow"
Picking the cotton
"do it slow"
You're just plain rotten
"do it slow"
You're too damn lazy
"do it slow"
The thinking's crazy
"do it slow"
Where am I going
What am I doing
I don't know
I don't know

Mais c'est bien ça l’ennui
" allez-y doucement"
Lave les carreaux
" allez-y doucement "
Cueille le coton
" allez-y doucement "
Vous êtes des pourritures
" allez-y doucement "
Vous êtes trop paresseux
" allez-y doucement "
Ces pensées sont folles
" allez-y doucement "
Où vais-je aller ?
Que fais-je faire?
Je ne sais pas
Je ne sais pas


Just try to do your very best
Stand up be counted with all the rest
For everybody knows about Mississippi Goddam

Essaie juste de faire de ton mieux
Redresse la tête et fais toi une place
Parce que tout le monde sait ce qui se passe dans ce satané Mississippi


I made you thought I was kiddin' didn't we

Je parie que tu croyais que je plaisantais. N’est-ce pas ?

Picket lines
School boy cots
They try to say it's a communist plot
All I want is equality
for my sister my brother my people and me

Des piquets de grève
Des lits de camp d’enfants
Ils veulent faire croire à une conspiration communiste
Tout ce que je veux c’est l’égalité
Pour ma sœur mon frère mon peuple et moi


Yes you lied to me all these years
You told me to wash and clean my ears
And talk real fine just like a lady
And you'd stop calling me Sister Sadie

Oui vous m’avez menti toutes ces années
Vous m'avez dit de me laver et de me nettoyer les oreilles
Et de parler de manière distinguée, comme une dame
Et vous cesseriez de m'appeler sister sadie


Oh but this whole country is full of lies
You're all gonna die and die like flies
I don't trust you any more
You keep on saying "Go slow!"
"Go slow!"

Oh mais le pays entier est plein de mensonges
Vous allez tous mourir et tomber comme des mouches
Je ne vous fais plus confiance
Vous continuez de dire "allez-y doucement!"
"allez-y doucement!"

But that's just the trouble
"do it slow"
Desegregation
"do it slow"
Mass participation
"do it slow"
Reunification
"do it slow"
Do things gradually
"do it slow"
But bring more tragedy
"do it slow"
Why don't you see it
Why don't you feel it
I don't know
I don't know

Mais c'est bien ça l’ennui
" allez-y doucement"
Déségrégation
" allez-y doucement"
Participation de masse
" allez-y doucement"
Réunification
" allez-y doucement"
Faites les choses graduellement
" allez-y doucement"
Mais ça apporte plus de drame
" allez-y doucement"
Pourquoi ne le voyez-vous pas
Pourquoi ne le sentez-vous pas
Je ne sais pas
Je ne sais pas


You don't have to live next to me
Just give me my equality
Everybody knows about Mississippi
Everybody knows about Alabama
Everybody knows about Mississippi Goddam

Vous n’avez pas à vivre à côté de moi
Accordez-moi simplement l'égalité
Tout le monde sait ce qui se passe dans le Mississippi
Tout le monde sait ce qui se passe en Alabama
Tout le monde sait ce qui ce passe dans ce satané Mississippi

That's it!

C'est fini!

23. John Coltrane:"Alabama".

John William Coltrane était un célèbre saxophoniste de jazz et compositeur américain, ( 1926-1967). Après Charlie Parker, il est considéré comme le saxophoniste le plus révolutionnaire et influent du jazz, chef de file incontesté du courant avant-gardiste des années 1960.
Coltrane en 1963 [Wikimedia Commons]
Coltrane envisage sa musique comme une quête spirituelle. Sur le plan technique, il explore de nouvelles sonorités, de nouveaux timbres. Ses compositions s'étirent souvent en de longues improvisations, presque toujours inspirées.

Sa quête spirituelle n'empêche pas Coltrane de réagir aux attentats racistes récurrents qui endeuillent les familles noires du sud des Etats-Unis. Le 15 septembre 1963, quatre fillettes noires sont tuées dans l'explosion d'une bombe dans l'église baptiste de la 16ème rue de Birmingham. Deux mois plus tard, Coltrane enregistre Alabama en hommage aux fillettes assassinées. Une pièce lente et envoûtante sur laquelle semble planer l'esprit des quatre fillettes.

La ville de Birmingham, capitale économique de l'Alabama et ville la plus peuplée de l'état, intéresse très tôt les mouvements pour les droits civiques, à commencer par la SCLC de Martin Luther King. En effet, cette ville constitue une citadelle de la ségrégation où les relations entre Blancs et Noirs s'avèrent particulièrement tendues.
Les églises, les maisons des manifestants pour les droits civiques explosent la nuit, mais la police ne fait rien ou feint de ne jamais retrouver les poseurs de bombes qui agissent donc en toute impunité. Cette sinistre spécialité vaut à la ville le surnom de Bombingham.


Tous ces éléments poussent Martin Luther King et Fred Shuttlesworth, un pasteur de Birmingham, à mener une opération d'envergure dans la ville. Ce projet C (comme "confrontation") entend mettre à jour la violence de la police locale, en particulier celle de son chef "Bull" O'Connor, adepte de la manière forte face aux manifestations pacifiques et hostile à toute remise en question de la ségrégation dans le Sud des Etats-Unis.
Martin Luther King souhaite médiatiser l'opération. C'est une réussite, dans la mesure où les manifestants des droits civiques sont agressés par des chiens dressés pour attaquer, renversés par les jets d'eau à très forte pression qui sortent des lances des pompiers. Dans le cortège, les enfants et adolescents sont très nombreux, ce qui ne modère en rien la répression policière. Les images d'enfants mordus par les chiens policiers font le tour du monde et obligent Washington à réagir. Au cours des manifestations, près de 3000 manifestants sont arrêtés dont Luther King. En prison, il rédigera sa fameuse "lettre de la prison de Birmingham".


Les pompiers utilisent leurs lances à eau (pression de 50 kg par centimètre carré!!!) face au manifestants non-violents.

samedi 26 avril 2008

22. Ruben Blades:"Desapariciones".

Ruben Blades est un brillant chanteur et compositeur de salsa. Originaire du Panama, Blades multiplie les textes engagés. De passage à New York, il côtoie la diaspora portoricaine de la ville (Nuyorican) et intègre bientôt la mythique maison de disque Fania, spécialisée dans la salsa. Avec Hector Lavoe, Willie Colon, Ruben Blades est un des principaux représentants de la Salsa consciente, qui se caractérise par des textes riches, poétiques avec un fort contenu revendicatif, social et politique.
Il rencontre alors Ray Barreto et surtout Willie Collon avec lequel il enregistre un des chef-d’œuvres de la salsa, l'album Metiendo mano (1977). L'album Siembra (1978) démontre que la salsa peut véhiculer un message social à l'image de son titre phare Pedro Navaja.
La chanson desapariciones est tirée de l'album "Buscando América" (1984), dans lequel les thèmes sociaux et politique dominent.

 

Cet engagement pousse logiquement Blades vers le monde politique. Ainsi, il se présente aux élections présidentielles panaméennes en 1994 et arrive en troisième position. En 2000 il est nommé ambassadeur aux Nations unies et rencontre des étudiants pour dénoncer le racisme.

Que alguien me diga si ha visto a mi esposo, / preguntaba la doña, / se llama Ernesto y tiene cuarenta años, / trabajaba de peón en un negocio de autos, / llevaba camisa oscura y pantalón claro, / salió de noche y no ha regresado / y no se ya qué pensar pues esto antes no me había pasado.

"Quelqu'un a t'il vu mon mari?" : demandait la dame / il s'appelle Ernesto, il a 40 ans / il travaille dans un garage / il portait une chemise foncée et un pantalon clair / il est sorti dans la nuit et n'est pas rentré / je ne sais pas quoi penser / car cela ne m'était encore jamais arrivé.

Llevo tres días buscando a mi hermana, / se llama Altagracia igual que la abuela, / salió del trabajo para la escuela, / tenía puestos jeans y una camisa blanca, / no ha sido el novio, el tipo está en su casa, / no saben de ella en la policíani en el hospital.


Cela fait 3 jours que je cherche ma sœur / elle s'appelle Altagracia comme sa grand mère, / elle a quitté le travail pour aller à l'école, / elle portait un jean et une chemise blanche, / son fiancé n'y est pour rien, il est chez lui, / la police et l'hôpital n'ont pas de nouvelles d'elle


Que alguien me diga si ha visto a mi hijo, / es estudiante de medicina, / se llama Agustín y es un buen muchacho, / es a veces terco cuando opina, / lo han detenido, no sé qué fuerza, / pantalón blanco camisa a rayas, pasó ante ayer.


"Quelqu'un a t'il vu mon fils", / il est étudiant en médecine, / il s'appelle Agustin et c'est un bon garçon, / il est parfois têtu quand il est convaincu, / il a été arrêté par je ne sas quelle force, / (il portait) un pantalon blanc et une chemise à rayures, c'est arrivé hier.


Clara Quiñones se llama mi madre, / ella es un alma de Dios y no se mete con nadie, / se la han llevado de testigo / por un asunto que es nada más conmigo / y yo fui a entregarme hoy por la tarde / y ahora me dicen que no saben quién se la llevó / del cuartel.

Ma mère s'appelle Clara Quiñones, / c'est une sainte femme et elle ne cherche pas les problèmes, / ils l'ont embarquée en tant que témoin / pour une affaire qui ne concerne que moi / je suis allé me rendre cette après-midi / et maintenant on me dit que personne ne sait qui l'a embarquée.

Anoche escuché varias explosiones, / tiros de escopeta y de revólver, / autos acelerados, frenos, gritos, / ecos de botas en la calle , / toques de puerta, quejas por dioses, platos rotos, / estaban dando la telenovela, / por eso nadiemiró pa´fuera / avestruz.

Hier soir j'ai entendu plusieurs explosions, / des tirs de fusils et de revolver, / des voitures qui accélèrent, qui freinent, des cris, / le bruit des bottes dans la rue, / des gens qui frappent aux portes, des plaintes, des assiettes cassées, / le feuilleton passait à la télé, / personne n'a donc regardé dehors. / Ils faisaient l' autruche.

Adónde van los desaparecidos, / busca en el agua y en los matorrales / y por qué es que desaparecen, / porque no todos somos iguales / y cuándo vuelve el desaparecido /
cada vez que lo trae el pensamiento, / cómo se llama al desaparecido, / una emoción apretando por dentro.

Où vont les disparus? / cherche dans l'eau et dans les buissons / et pourquoi disparaissent-ils?
Parce que nous ne sommes pas tous égaux / et quand reviennent-ils? / A chaque fois que l'on pense à eux. / et comment les appelle-t-on? / lorsqu'une émotion nous serre le coeur.

Dans ce titre, Ruben Blades décrit les conditions d'existence épouvantables des populations civiles dans les sociétés latino américaines sous le joug des dictatures militaires qui s'imposent dans la zone au cours des années 1960 et 1970. Le recours aux enlèvements, à la torture y sont systématiques.

La dictature militaire argentine qui sévit en Argentine de 1976 à 1983, serait ainsi responsable de la mort de 30 000 personnes. Les opposants politiques (syndicalistes, communistes...) et leurs enfants sont traqués, éliminés. Le régime a recours aux enlèvements. Les Mères de la place de Mai manifestent régulièrement pour exiger du pouvoir en place de rendre des comptes concernant les milliers de personnes disparues sous la dictature. Cette pratique ne se limite malheureusement pas à la seule Argentine. Le Chili de Pinochet (1973 à 1989) et Manuel Contreras, directeur des services secrets chiliens (la Dina) et instigateur principal du plan condor, se spécialise aussi dans ces disparitions organisées. C'est aussi le cas du Paraguay de Stroessner (1954-1989), de la Bolivie de Banzer (1971-1978).

vendredi 25 avril 2008

21. Altahualpa Yupanqui:"Campesino".

Quechua par son père, basque par sa mère, Hector Roberto Chavero adopte vite le nom du dernier empereur inca Altahualpa Yupanqui, afin de marquer son attachement aux civilisations indiennes broyées par les conquistadors espagnols. Sa vocation de poète du peuple s'affirme lors de la longue errance qu'il entreprend à 20 ans à travers l'Argentine. Il y collecte la poésie chantée des civilisations amérindiennes, qui inspireront ses propres créations.
Yupanqui utilise le folklore argentin (milonga, zamba, vidala) dans ses compositions où l'histoire des hommes est liée à la terre nourricière. Ici, il décrit avec poésie le rude quotidien des paysans, qui travaillent la terre du matin au soir.


Campesino

" Quand tu t'en iras aux champs /
ne t'écarte pas du chemin /
ne marche pas sur le sommeil /
des ancêtres endormis /
Paysan, paysan, je chante pour toi, paysan!

Les uns sont terre menue /
d'autres la racine du froment /
d'autres pierres répandues /
au fil de la rivière /
Paysan, paysan, je chante pour toi, paysan!

si souvent oui si souvent /
bien au delà du semis /
dans la forge des soirées /
ils sont allés atténuer leur rage /
Paysan, paysan, je chante pour toi, paysan!

oh sainte mission de l'homme /
neige soleil renoncement /
mourir à semer la vie /
vivre, bien tremper son cri /
Paysan, paysan, je chante pour toi, paysan!

Quand tu t'en iras aux champs /
ne t'écarte pas du chemin /
ne marche pas sur le sommeil /
des ancêtres endormis /
Paysan, paysan, je chante pour toi, paysan!

CAMPESINO
Canción
(Atahualpa Yupanqui)

Cuando vayas á los campos,
no te apartes del camino,
que puedes pisar el sueño
de los abuelos dormidos.
Campesino, campesino.
¡Por ti canto, Campesino!

Unos, son tierra menuda.
Otras, la raíz del trigo.
Otros son piedras dispersas
en la orillita del río.
Campesino, Campesino.
¡Por ti canto, Campesino!

Cuántas veces, cuántas veces,
más allá del sembradío,
en la fragua de las tardes
fueron á templar sus gritos
Campesino, Campesino.
¡Por ti canto, Campesino!

Sagrado misión del hombre:
nieve, sol y sacrificio.
Morir sembrando la vida.
Vivir, templando su grito.
Campesino, Campesino,
Par ti canto, ¡Campesino!

Cuando vayas á los campos,
no te apartes del camino,
que puedes pisar el sueño
de los abuelos dormidos.
Nunca muertos, ¡sí dormidos ¡
Nunca muertos, ¡si dormidos!

Campesino, Campesino

jeudi 24 avril 2008

20. Billy Joel : "Allentown", 1982

A partir de la deuxième moitié des années 1970, l'industrie sidérurgique entre en crise dans beaucoup de pays industrialisés. Aux Etats-Unis, les villes d'Allentown et de Bethleem en Pennsylvanie étaient avec Pittsburgh (siège d'US Steel) au coeur de la Manufacturing belt. La ville de Bethleem a donné son nom à l'un des grands sidérurgistes américains, la Bethleem Steel. Une partie de cet espace se transforme en Rust Belt (rouille, en particulier la Lehigh valley où se trouvent ces deux villes). Les usines ferment et deviennent des friches.





C'est le paysage que décrit le chanteur Billy Joel dans sa chanson Allentown sortie en 1982. La chanson est imprégnée de l'atmosphère sonore des usines. Elle aurait du s'appeler Levittown (sa ville natale sur Long Island près de New York) et devait décrire le désœuvrement des jeunes. Mais il avait peur qu'elle soit trop ennuyeuse. Ayant donné des concerts dans la Lehigh valley avant la crise, il constata la transformation. Il eut l'idée d'appeler la chanson Bethleem mais pensa que le nom avait une consonance trop religieuse, ce fut donc Allentown. Aujourd'hui encore, les habitants de la ville sont partagés sur la "publicité" faite à la ville par cette chanson qui montre les ravages sociaux de la crise économique. Elle décrit l'univers de ces blue collars (cols bleus) qui sont l'un des enjeux de la présidentielle de 2008 et qui votent pluôt en faveur d'Hillary Clinton dont la famille est d'ailleurs originaire de Scranton en Pennsylvanie, non loin d'Allentown.

Découvrez la playlist Billy Joel avec Billy Joel

Voici les paroles (traduction E. A.) :

Well we're living here in Allentown Eh bien nous vivons ici à Allentown
And they're closing all the factories down Et ils ferment toutes les usines
Out in Bethlehem they're killing time Dehors à Bethléem ils tuent le temps
Filling out forms Remplissant des formulaires
Standing in line Debout dans la file d'attente
Well our fathers fought the Second World War Eh bien nos pères ont combattu la Deuxième Guerre mondiale
Spent their weekends on the Jersey Shore Ont passé leur week-end sur la Côte du New Jersey
Met our mothers in the USO Rencontré nos mères à l'USO [organisation faisant le lien entre l'armée et la population]
Asked them to dance Leur ont demandé de danser
Danced with them slow Ont dansé avec elles des slows
And we're living here in Allentown Et nous vivons ici à Allentown

But the restlessness was handed down Mais l'agitation a été transmise
And it's getting very hard to stay Et ça devient très difficile de rester
Well we're waiting here in Allentown Eh bien nous attendons ici à Allentown
For the Pennsylvania we never found La Pennsylvanie que nous n'avons jamais trouvé
For the promises our teachers gave Les promesses que nos enseignants ont donné
If we worked hard Si nous travaillions dur
If we behaved Si nous nous tenions bien
So the graduations hang on the wall Ainsi, les diplômes s'accrochèrent au mur
But they never really helped us at all Mais ils ne nous ont jamais vraiment aidé
No they never taught us what was real Non jamais ils ne nous ont appris ce qui était vrai
Iron and coke Le fer et le coke
And chromium steel L'acier chromé
And we're waiting here in Allentown Et nous attendons ici à Allentown

But they've taken all the coal from the ground Mais ils ont pris tout le charbon du sol
And the union people crawled away Et les gens des syndicat ont fui
Every child had a pretty good shot Chaque enfant avait plutôt une assez bonne chance
To get at least as far as their old man got D'obtenir au moins autant que leur père
But something happened on the way to that place Mais il s'est passé quelque chose sur la voie vers cette situation
They threw an American flag in our face Ils ont jeté un drapeau américain dans notre visage

Well I'm living here in Allentown Eh bien, je vis ici à Allentown
And it's hard to keep a good man down Et il est difficile de garder un homme bon couché
But I won't be getting up today Mais je ne me lèverai pas aujourd'hui

And it's getting very hard to stay Et ça devient très difficile de rester
And we're living here in Allentown Et nous vivons ici à Allentown


Voyez ici le clip de la chanson (en partie censuré lors de sa sortie, à vous de voir pourquoi...), des infos sur la chanson et son histoire, 25 ans après, Billy Joel parle de cette chanson (all in english).
En savoir plus sur la Pennsylvanie et la primaire de 2008.

Post Scriptum (7 mai 2008) Mon collègue d'anglais d'Epinal, Eric, grand fan de Bruce Springsteen, me signale que le "boss" a écrit une chanson sur un thème proche. Elle fait partie de l'album The Ghost of Tom Joad (1995) qui parle de la dépression des années 1930 à partir de l'oeuvre de Steinbeck, Les Raisins de la colère. La chanson Youngstown (à écouter dans la playlist plus haut) parle d'une ville du Nord-Est de l'Ohio (état voisin de la Pennsylvanie, non loin de Pittsburgh), au coeur de cette Manufacturing Belt. Springsteen insiste sur le rôle de l'industrie sidérurgique dans les guerres menées par les Etats-Unis au XIXème et au XXème siècle, notamment le Vietnam. Il fait le même constat amer sur les changements du monde qui ont conduit à la fermeture des usines qui ont apporté la richesse à la ville. Voici les paroles (in english). Merci à Eric pour cette info et pour ces conseils de traduction (Dans la chanson de Billy Joel, ce ne sont pas les gens qui ont fui les syndicats mais bien l'inverse...).

Autre titre de cette année 1982, le célèbre "The Message" de Grandmaster Flash et des Furious Five. Une évocation rap des effets sociaux de la politique de Reagan dans les ghettos des inner cities.
Enfin, si vous aimez Billy Joel, découvrez un article sur sa chanson "We didn't Start The Fire", la chanson idéale pour réviser le baccalauréat !


Chapitres de géo: la mondialisation, les Etats-Unis superpuissance?.

lundi 21 avril 2008

19. Charles Mingus:"Fable of Faubus".


Orval Faubus, le gouverneur de l'Arkansas, farouchement hostile à la déségrégation scolaire dans le sud.

Version mise à jour et approfondie de ce billet en cliquant ici.


En 1954, la NAACP (National Association for the Advancement of Coloured People) remporte une grande victoire devant la Cour suprême, puisque cette dernière déclare que la ségrégation scolaire va à l’encontre de la Constitution (arrêt Brown v. Topeka Board of Education). Décision confirmée par un décret de 1955 de l’administration Eisenhower : « La déségrégation scolaire devait se poursuivre aussi rapidement que possible ». Or, les Etats su sud se protègent derrière leurs lois locales pour empêcher les adolescents noirs d’étudier dans des écoles blanches. Ainsi, le gouverneur de l’Arkansas, Orval Faubus se range du côté des ségrégationnistes afin de faire obstacle à l’intégration dans les écoles de l’Etat.
A Little Rock (Arkansas), quelques jours avant la rentrée des classes, le gouverneur de l'Etat, Orval Faubus fait appel à la garde nationale de l’Arkansas, sous prétexte d’éviter les violences. Cette décision fait grand bruit et contraint le président Eisenhower d’envoyer un détachement du 101ème régiment aéroporté pour assurer la sécurité des neufs élèves noirs concernés.



Le 25 septembre, les neufs élèves entrent dans le lycée. Ils y restent tout le reste de l’année scolaire. Cependant, afin d’éviter la déségrégation, le gouverneur Faubus demande la fermeture des écoles publiques lors d’une Assemblée d’Etat en août 1958 (129000 voix favorable au refus de l’intégration raciale, 7600 contre). De fait, les lycées de Little Rock restent fermés pendant l’année 1958-1959. Il faudra attendre 1970 pour que les écoles de Little Rock soient complètement « intégrées ».

Le contrebassiste de jazz, Charles Mingus, révolté contre toutes les injustices, consacre une de ses œuvres phares au gouverneur de l’Arkansas. Dans son Fables of Faubus, il condamne les mœurs racistes de la société américaine.


L'autobiographie Mingus "Beneath the underdog" ("Moins qu'un chien" en français).

En raison de ses origines très métissées (africaines, suédoises, mexicaines, asiatiques), Charles Mingus est rejeté tant par les blancs (parce que trop foncé) que par les noirs (parce que trop clair). Dans son autobiographie, il évoque ainsi sa couleur de peau qui ne lui vaut que des misères, une véritable "couleur de chiasse" affirme-t-il.

Oh, Lord, don't let 'em shoot us!
Oh, Lord, don't let 'em stab us!
Oh, Lord, don't let 'em tar and feather us!
Oh, Lord, no more swastikas!
Oh, Lord, no more Ku Klux Klan!

Name me someone who's ridiculous, Dannie.
Governor Faubus!
Why is he so sick and ridiculous?
He won't permit integrated schools.

Then he's a fool! Boo! Nazi Fascist supremists!
Boo! Ku Klux Klan (with your Jim Crow plan)

Name me a handful that's ridiculous, Dannie Richmond.
Faubus, Rockefeller, Eisenhower
Why are they so sick and ridiculous?

Two, four, six, eight:
They brainwash and teach you hate.
H-E-L-L-O, Hello.


Les paroles dénoncent la politique du gouverneur Faubus et de ses acolytes Rockfeller et le président Eisenhower. En voici la traduction française :

"Oh Seigneur, ne les laisse pas nous abbattre/
Oh Seigneur, ne les laisse pas nous poignarder/
Oh Seigneur, ne les laisse pas nous rouler dans le goudron et les plumes/
Oh Seigneur, plus de croix gammées!/
Oh Seigneur, plus de Ku Klux Klan!/

- Cite-moi quelqu' un de ridicule?/
-Le Gouverneur Faubus/
- Pourquoi est-il malade et ridicule?/
- Il s' oppose à l' intégration scolaire [des noirs]/
- Alors, c'est un dingue/
A Bas les nazis, les fascistes, ceux qui se croient supérieurs/
A Bas le Ku Klux Klan/

- Cite-m' en quelques-uns qui sont ridicules/
- Faubus, Rockfeller, Eisenhower/
- Pourquoi sont-ils à ce point malades et ridicules?/
- Deux, quatre, six, huit. Ils vous lavent le cerveau et vous enseignent la haine."

Chapitre d'histoire: le modèle américain (ses limites)

18. Keny Arkana:"Victoria".

Keny Arkana est une jeune rappeuse marseillaise dont le premier album, "entre ciment et belle étoile", a rencontré un beau succès. Après une enfance et adolescence difficiles (elle va de foyer en foyer, dont elle fugue fréquemment), elle intègre bientôt divers collectifs marseillais et commence à écrire des textes engagés.

Dans ce titre, Keny Arkana revient sur la situation de son pays d'origine, l'Argentine. Elle évoque la difficulté à vivre dans un pays pourtant riche et où les inégalités sociales sont immenses ("j'vois bien tout ces petits faire la manche, devant le mépris de ceux qu'on appelle les gens biens"). Lourdement endettée, l'Argentine a subi le traitement de choc classique prôné par l'es institutions financières internationales: privatisations, politique de rigueur budgétaire...

Une crise financière très grave touche le pays en 2001 et a plusieurs raisons: la surévaluation du peso, un taux d'endettement très élevé, la dénationalisation de l'économie argentine (les principales ressources du pays ont été confiées à des Firmes transnationales américaines et européennes comme le montre avec brio le documentaire "mémoire d'un saccage") , le manque de confiance des investisseurs dans l'économie du pays qui retirent leurs capitaux ce qui entraîne par ricochet un chaos bancaire inouïe ("la banque lui avait volé ses économies") et des dévaluations de la monnaie en cascade...

Les conséquences sociales furent désastreuses : au pire de la crise (au milieu de l'année 2002), le taux de pauvreté dépassa 57 %, et le taux de chômage atteignit 23% ("y a des orphelins qui vivent dans les décharges").

La crise accélère le mécontentement social et accroît l'audience du mouvement piquetero. Ils doivent leur nom aux barrages, les "piquetes", qu'ils dressent sur les routes pour protester. Initialement, il s'agissait d'une lutte sociale locale et spontanée, mais face à l'ampleur du marasme économique, les chômeurs multiplient les barrages routiers et se regroupent en association très actives dans tout le pays ("Ils bloquent les routes, pour bloquer l'économie du pays / c'est leur façon de se faire entendre").

A plusieurs reprise, K.A. fait aussi référence à la dictature militaire qui sévi sur le pays de 1976 à 1983 ("je pense à mes aînées qui ont connu le chant des mitraillettes"). Les puschistes argentins Viola, Videla et Galtieri imposent un pouvoir d’une brutalité inouïe qui provoque la mort de 30 000 personnes. Les opposants politiques (syndicalistes, communistes...) et leurs enfants sont traqués, éliminés. Le régime a recours aux enlèvements. Les Mères de la place de Mai manifestent régulièrement pour exiger du pouvoir en place de rendre des comptes concernant les milliers de personnes disparues sous la dictature ("les mères des disparus chantent toujours contre l'oubli"; "jamais ils ne pourront détruire la lutte des peuples qui ne peuvent oublier leurs disparus").
Moi c'est Victoria, née il y a 14 printemps
Dans un village près de Salta dans lequel je vivais avant
Cela fait maintenant, plus de 10 ans,
Qu'avec papa et maman
Mes frères et mes soeurs
On a quitté nos champs.
On est venu s'entasser dans une de ces cabanes, à l'entrée de la ville
C'est papa qui l'a construite, mais elle n'est pas finie
Je n'ai que des vagues souvenirs du village
Maman pleure quand elle m'en parle car elle n'aime pas la vie ici
Des étrangers ont brûlé nos maisons pour nous voler nos terres
Papa s'énerve moi je comprends pas, il parle d'agro-alimentaire
Il dit que les politiques sont des prédateurs qui sèment la peur
Et qu'ils ont un estomac à la place du coeur
Ici pas de travail, aucune prière ne s'exhauce
Après les cours avec ma soeur on va vendre des bracelets deux pesos
Et malgré tous ces efforts, demeurent ces jours sans repas
La nuit maman pleure, la nuit maman ne dort pas


Refrain :

No llores hija mia (ne pleure pas, ma fille)
Yo, no perdì las esperansas (moi, je n'ai pas perdu l'espoir)
Des los bandidos dictadores (des bandits dictateurs)
Jamàs podràn destruir la lucha de los peublos (jamais ils ne pouront détruire la lutte des peuples)
que no pueden olvidar a sus desaparecidos.(qui ne peuvent pas oublier leurs disparus)


Mon voisin m'a dit pendant la dictature c'était plus dur
Alors j'vais pas me plaindre même si ici y a pas de futur
Moi j'aime bien les études, on m'a dit c'est bien mais inutile
Ici beaucoup ont arrêté avant même de savoir écrire
Dans mon jardin secret, j'cultive le rêve d'être médecin,
Soigner tous ces enfants malades, qui ne mangent pas à leur faim.
J'comprends pas dans la ville j'vois bien tous ces petits faire la manche,
Devant le mépris de ceux qu'on appelle les gens bien.
J'm'interroge, ne voient-ils pas la misère ?
Il nous écrasent pour bénir l'homme venu de l'autre hémisphère.
Papa dit qu'on est traités comme des chiens
Dieu merci j'ai ma famille, plus loin y a des orphelins qui vivent dans les décharges.
Des fois je pleure en cachette,
Mais pas longtemps car j'pense à mes aînées qui ont connu le chant des mitraillettes.
Et puis grand-mère disait toujours, la vie c'est l'espoir,
Si t'en as plus, t'es comme mort, et vivre relève de l'exploit

(Refrain)

Papa est à bout, il a frolé la folie,
Quand un matin il a appris
Que la banque lui avait volé ses économies
Impuissant, tout le monde était affolé
Il était pas le seul, c'est la nation entière qui s'était fait voler.
Depuis ce jour, avec beaucoup de gens de la ville
Ils bloquent les routes, pour bloquer l'économie du pays
C'est leur façon de se faire entendre
Mais moi j'ai peur quand il s'en va, y'en a qui revienne pas, la police est violente,
Ils les appellent Piqueteros
Et les journaux sont des menteurs
Ils disent que c'est des bandits après il y a des gens qui ont peur
Papa dit, ils peuvent tuer des hommes, mais ils ne tueront pas la mémoire
Les mères des disparus chantent toujours contre l'oubli
On vit le fruit d'une démocratie ratée,
Dans un pays si riche tant d'enfants ont dans le ventre qu'une tasse de Mate.
Parce qu'on est dirigés par la mafia du crime,
Moi j'comprends pas et quand j'demande pourquoi
on m'répond toujours « parce qu'on est en Argentine »

liens:
- un dossier de la Documentation française sur la crise argentine.
- Critique du documentaire de Solanas "Mémoire d'un saccage".
- Beaucoup d'autres articles dans notre dossier sur l'histoire et la géographie du Rap